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L'Entretien d'explicitation: de la découverte à la passion, Expliciter 100 octobre 2013

publié le 5 nov. 2013 à 00:37 par Joëlle Crozier   [ mis à jour : 5 nov. 2013 à 01:10 ]

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Ma découverte de  l’explicitation

Juillet 1987. Je me sens un peu coupable de laisser mari et enfants à la maison mais je m’autorise une semaine de formation à Marseille : une université d’été  à propos de l’évaluation formatrice animée par Georgette Nunziati ! Nous sommes deux collègues ayant déjà essayé de mettre en place l’évaluation formatrice dans nos classes de collège. Ce n’est pas facile. Nous attendons donc avec impatience l’intervention d’un certain Pierre Vermersch qui pourrait bien nous aider dans l’étape de verbalisation, par les élèves, des démarches qu’ils utilisent pour réaliser les tâches scolaires. Un exposé de Pierre et c’est la découverte de cette mémoire particulière déclenchée par les sensations. Je souffle à ma voisine : «  c’est Proust ! ». Je suis fascinée : on pourrait avoir accès au fonctionnement cognitif de l’élève et  dépasser les « je ne sais pas » ! Puis arrive un exercice où je dois résumer un texte de Piaget auquel je ne comprends rien…C’est alors la prise de conscience que certains  élèves pourraient  bien  éprouver le même sentiment d’impuissance lorsqu’ils abordent un problème de mathématiques que je leur demande de résoudre. La marche vers l’humilité est enclenchée…

Le début d’une aventure se dessine avec de beaux apprentissages expérientiels. Un Groupe se constitue (au sein de l’IREM de Lyon) et  Pierre vient nous accompagner,  muni de sa technique d’explicitation, dans la mise en place de l’évaluation formatrice.  Nous expérimentons la position de questionné et l’envie d’aller plus loin est suscitée.  C’est alors le vécu d’un stage de base sur Lyon  avec la découverte d’outils précieux dont le recadrage par les sous modalités, le sixième jour : Je suis A dans un sous- groupe de trois. Mes collègues m’accompagnent à évoquer une situation de confusion puis une situation de compréhension. Description en sous modalités…Je suis en évocation et en même temps ne me sens pas très bien, mes accompagnatrices  sont elles-mêmes en difficulté devant l’exercice à faire et ne décèlent pas mon malaise. Elles arrêtent brutalement l’entretien. Moi, j’ai toujours un peu  le vertige.  Le questionnement sur la situation de confusion a fait émerger quelque émotion négative que je n’ai pas verbalisée et l’atterrissage a été un peu brutal… Sur les conseils de Pierre je vais prendre un verre avec deux copines avant de prendre la route… et je ressors de cette expérience très attentive au non verbal des personnes que je questionne, très vigilante à déceler l’émotion chez l’autre afin de rediriger son attention vers la description de l’action…Des années plus tard, cette situation toujours en mémoire,  j’amènerai les stagiaires à repérer les effets perlocutoires de certaines de leurs questions qui dirigent l’attention vers la description de l’émotion.

Je me lance !

Après ces 6 jours de formation, je suis enthousiaste, j’ai trouvé un créneau : je vais animer un atelier d’aide à la lecture au collège! J’apporte le magnétophone, j’enregistre et j’apprends beaucoup de mes erreurs…

Je commence mes premiers questionnements en me débarrassant très vite du contrat de communication sans bien entendu penser à le renouveler. Je prononce  la formule magique, ne suis absolument pas attentive à la réponse de l’élève et continue tranquillement mon questionnement toute étonnée à la fin d’y avoir passé beaucoup de temps sans grand succès…C’est ainsi que je vois petit à petit les regards étonnés des élèves face à mes questions mais, comme cela ne se fait pas d’envoyer balader un professeur, j’obtiens toujours une réponse. L’ennui, c’est que nous tournons en rond… Je modifie donc progressivement mon attitude : je demande l’accord et j’attends la réponse tout en scrutant le non verbal, j’apprends peu à peu à déceler les signes de résistance,  indicateurs de la nécessité de renouveler le contrat.

Je reste particulièrement marquée par cet entretien mené auprès de  Cédric. Il dure longtemps mais je suis contente : j’ai vu l’élève partir en évocation et j’ai utilisé les sous modalités !  Je retranscris et, très fière, je l’apporte lors de la prochaine séance de travail avec Pierre.  Je vais prendre conscience qu’en rebondissant sur un mot prononcé par Cédric, j’avais perdu de vue mon objectif de recueil d’informations (comprendre comment Cédric avait fait pour lire une consigne). J’avais en arrivant avec mon super magnétophone sous le bras, un objectif non conscient : « faire de l’explicitation » et utiliser un maximum d’outils ! Ce jour- là, j’ai appris qu’être au clair avec mon objectif et me centrer sur le questionné m’aideraient à adapter les bons outils pour recueillir l’information dont j’ai besoin pour aider l’autre.

Je vais de surprise en surprise en questionnant mes élèves qui verbalisent des modes de pensée que je n’aurais pu imaginer. Découvrir qu’il se passe autant de choses dans la tête d’un élève avant qu’il  rende feuille blanche, comprendre la démarche qui a conduit à une erreur  me fait regarder les élèves en difficulté autrement. Leur faire prendre conscience qu’ils réfléchissent même quand ils « font faux » me permet de les valoriser. Certains éprouvent moins le besoin alors d’attirer mon attention en classe par des comportements inadéquats. Grâce à l’EdE, j’arrive à mieux gérer les élèves perturbateurs : au lieu de me contenter de les sermonner,  je m’attache à retracer l’historique d’un incident et prendre en compte leur point de vue.

Mon identité de professeure commence à bouger particulièrement lorsque j’ai accès à ce que certains ont retenu ou compris de mes cours. Ainsi cet élève de seconde qui me répond « qu’il ne voit rien dans sa tête » après que j’ai demandé à la classe quelle était l’image d’un nombre par une fonction que j’avais donnée. J’attendais le résultat d’un calcul et cet élève me donne toute autre chose. Je réalise que mes belles explications ponctuées d’exemples et de dessins n’ont pas atteint leur objectif. Mes certitudes sont ébranlées : Il n’y a pas LA façon (la mienne en l’occurrence) d’aborder tel problème, je ne peux donc plus continuer à être celle qui interprète les erreurs et les comportements des élèves, celle qui détient le savoir, ni même un certain pouvoir… Je deviens moins rigide et j’accepte de me mettre quelques minutes en évocation devant la classe  pour répondre à la question : « mais vous Madame comment vous avez fait pour trouver la solution ? »

Mes premières formations

L’envie de diffuser à d’autres enseignants se manifeste assez vite. Comment  peut-on se passer d’un outil aussi génial? C’est ainsi que je me lance pour la première fois dans une sensibilisation d’une demi-journée auprès de formateurs de formateurs. J’ai retenu qu’il est important de faire des démonstrations de la technique donc après mon exposé, je réalise un questionnement (pas très réussi je dois dire) d’une personne devant le groupe. Vient le temps du repas tous ensemble, et j’entends dans mon dos, un des stagiaires dire : «  intéressant mais alors la formatrice, elle n’arrêtait pas de bouger les jambes, ça m’a gêné ! ». Quelque temps plus tard, je suis assistante auprès de Pierre et je suis A dans un exercice par trois où je choisis d’explorer cette fameuse situation de formation et plus particulièrement le questionnement de ce stagiaire au fond à droite.  Il me revient que  pendant cette intervention, que j’ai faite assise devant le groupe, mes jambes oscillaient très régulièrement. Pierre, qui circule dans les sous-groupes, prend la main et je réalise alors, grâce à son questionnement,  que j’ai été gênée par le fait d’être éloignée de cette personne (le groupe était important donc la salle assez grande). Pierre me demande ce qui m’a empêchée de me rapprocher d’elle et je réponds : «  ce statut de formatrice était tellement lourd à porter ! ». Eclat de rire et prise de conscience : d’une part  du poids que je m’étais mis sur les épaules pour cette première intervention et d’autre part qu’il ne m’était pas possible de questionner quelqu’un trop éloigné de moi.  Je vais donc pendant plusieurs mois me déplacer avec une chaise à chaque fois que je questionne quelqu’un au sein d’un groupe. En formation  cela va produire un effet très théâtral. Peu de naturel mais au moins j’arrive à questionner !

Vers le changement de métier

Les formations de base à l’explicitation s’organisent à l’IREM de Lyon et les stages proposés se font en co-animation. Nous utilisons les techniques d’explicitation entre nous pour revisiter les journées de stage et réguler. J’apprends à gérer le groupe particulièrement au moment des feed back d’exercices. Je comprends petit à petit que je ne suis pas uniquement celle qui transmet  une technique mais je deviens celle qui facilite les prises de parole, permet à chacun de verbaliser son vécu, je lâche prise et je fais confiance au groupe pour que chacun apprenne grâce aux interventions des autres. Un beau jour je découvre que, pendant les feed back d’exercices, je n’éprouve plus le besoin de me rapprocher de mon interlocuteur pour le questionner en explicitation. J’arrive à mettre au second plan cet objectif de démonstration de la technique (dont je m’étais fait une montagne !), pour tout simplement adopter la posture de la formatrice qui écoute, regarde les stagiaires et parfois fait expliciter afin de comprendre ou aider à mieux comprendre. Je me centre sur mon interlocuteur, mes questions deviennent plus pertinentes et permettent aux stagiaires de modéliser.

Parallèlement aux animations de stage j’enseigne toujours les mathématiques. Je m’implique, au sein de mon établissement, dans des projets collectifs d’aide aux élèves et je tente de communiquer à mes collègues ce que l’EdE m’a permis de découvrir,  en particulier ma croyance que seul l’élève détient l’information sur sa propre logique. Je réussis avec un petit nombre d’entre eux mais  j’essuie également quelques déboires qui me font comprendre que je n’ai pas le pouvoir de transformer l’autre. J’abandonne progressivement ma mission de convaincre tout le monde de faire bouger les méthodes pédagogiques.

Les verbalisations des élèves continuent à me transformer : je suis persuadée que la paresse n’existe chez aucun d’entre eux, qu’il peut y avoir du découragement face aux jugements négatifs et que tout effort même minime mérite d’être valorisé. Je modifie la rédaction des appréciations sur les bulletins en évitant tout jugement négatif et en même temps je souffre de lire les appréciations blessantes rédigées par  certains de mes collègues. Mon discours face aux élèves et leurs parents évolue : je partage avec eux ma conviction que les erreurs sont inévitables pour apprendre, qu’elles m’intéressent pour pouvoir les aider à progresser et en même temps je souffre de devoir mettre des mauvaises notes. Je compense par des questions inspirées de l’EdE que je rédige sur les copies pour faciliter le travail des élèves sur leurs erreurs. Je réalise que je suis tiraillée entre le rôle d’évaluatrice qui m’est imposé par l’Education nationale et celui d’aide à  l’apprentissage qui me motive davantage.

Je me détache petit à petit de l’Institution, mon besoin d’indépendance s’affirme et la passion de transmettre l’Explicitation l’emporte sur  la passion des mathématiques. En 2003 je saute le pas et j’abandonne le métier de professeure pour m’installer comme consultante formatrice.

Je profite désormais de la richesse des rencontres lors des stages que j’anime. Je garde précieusement en mémoire certains témoignages comme de véritables cadeaux : cette consultante qui m’écrit que jamais auparavant les candidats au recrutement ne lui avaient décrit leurs expériences de manière aussi détaillée et productive. Cette psychologue qui revient d’une séance d’analyse de pratique auprès d’ accompagnants de personnes atteintes d’Alzheimer, toute étonnée de la solution trouvée pour rendre les débuts de repas plus calmes et ceci grâce à la description d’une situation spécifiée. Ou bien encore cette éducatrice spécialisée surprise d’avoir réussi  à canaliser le discours d’une jeune fille cérébrolésée et à calmer son attitude simplement en lui demandant de prendre le temps de retrouver des éléments de contexte de la situation dont elle veut parler.

 

 

 

 

Utiliser les techniques d'Explicitation au sein d'un groupe.Expliciter 99 Juin 2013

publié le 31 mai 2013 à 00:30 par Joëlle Crozier   [ mis à jour : 2 avr. 2014 à 05:24 ]

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Depuis que j’anime des formations aux techniques d’explicitation je constate que l’utilisation de celles-ci avec des groupes ne va pas de soi pour la majorité des stagiaires. Je suis en effet régulièrement amenée à répondre à la question «  Comment peut-on utiliser ces techniques en groupe ? » Je  témoigne alors de comment et dans quelles situations je les utilise ou comment d’autres ont décrit comment ils les utilisent. J’ai donc, pour rédiger cet article,  repris, ordonné et développé ce que je suis amenée à présenter au cours de mes formations. Cette  réflexion a été initiée lors de la formation au debriefing animée par Armelle Balas Chanel durant laquelle j’étais assistante. L’idée d’écrire s’est confirmée lors d’une séance de GPLe (Groupe de Pairs Lyonnais à l’explicitation) à la suite d’une question d’Elisabeth David  et poursuivie grâce à deux entretiens où j’étais A, l’un conduit par Elisabeth, l’autre par Marie Bec. Merci à Nicole Genevois d’avoir pris des notes.

En fonction des circonstances, des objectifs, des effets recherchés ce sont tout ou partie des techniques qui peuvent être utilisées. Voici donc dans ce qui suit  différentes situations où j’ai pu repérer que l’explicitation trouve sa place. Je me suis attachée à mettre à jour ce qui est spécifique de  l’utilisation de la technique dans ces conditions-là.

I) En  début de séance de formation ou séquence d’enseignement

Cela peut se pratiquer dans  tout type de formation avec tout type de public y compris les enfants et les adolescents. Il s’agit d’utiliser principalement une consigne d’accompagnement en évocation pour obtenir les effets suivants : une entrée dans la séance, une mise en route plus rapide, plus concentrée. L’objectif est également d’exploiter le contenu de ce qui va être retrouvé par chacun et d’établir un lien plus facile avec ce qui va être abordé ensuite.

 Voici la consigne que j’utilise en général avec des adultes :

« On va prendre le temps de se mettre en route… » : j’annonce  le premier objectif

« Je vous invite à laisser vos notes de côté…juste prendre de quoi écrire si vous avez envie… » :je prépare des conditions propices  à l’évocation ( laisser les notes de côté va favoriser le « laisser venir »),  j’annonce que l’on va peut-être écrire pour sécuriser les personnes qui ont besoin de l’écriture.

« Je vous propose de prendre le temps de revisiter mentalement notre dernier cours ou la journée de stage d’hier  ou… » : passage de contrat et accompagnement en évocation. La consigne « revisiter mentalement » est compréhensible par le plus grand nombre. Elle vise un acte connu de la plupart des gens.

 « et de noter soit dans votre tête soit sur la feuille devant vous ce qui vous revient » : il s’agit d’avoir accès à ce qui s’est passé la dernière fois. J’ai observé que le fait de demander de noter canalise l’attention, donne un statut de vrai travail à ce qui se passe. Je vise ainsi  l’adhésion de tout le monde.

« Je vous laisse tranquillement faire ce petit travail … » : je préviens ainsi que je ne vais pas intervenir,  que j’attends un travail individuel. Le mot « tranquillement » vise à créer des conditions favorables à l’évocation

« et dans  quelques minutes je vous ferai un petit signe » : j’annonce ainsi que c’est moi qui donnerai le signal de fin et que cela ne va pas durer très longtemps pour éviter l’ennui, le découragement.

« …on échangera à propos de ce qui vous est revenu » : j’annonce que les informations notées vont  être utilisées. Je vise la motivation et je  mets les personnes en projet de choisir les informations qu’elless accepteront de partager avec le groupe.

La consigne que j’adapte  à un jeune public est légèrement plus directive:

« Je vous demande de laisser vos cahiers ou classeurs fermés…juste prendre de quoi écrire si vous en avez envie… Vous allez prendre le temps de revisiter mentalement notre dernier cours … et   noter soit dans votre tête soit sur la feuille devant vous ce qui vous revient …Je vous laisse tranquillement faire ce petit travail …  et dans  quelques minutes je vous ferai un petit signe …on travaillera à partir de ce qui vous est revenu.

Pendant l’exercice

En général j’observe l’assemblée : des mouvements divers au départ, puis petit à petit tout se calme, des regards décrochent, des crayons sont saisis, certains pour écrire quelques mots, d’autres pour une écriture plus longue…Quatre ou cinq minutes se passent … Tout le monde me semble entré dans l’exercice …Vais-je arrêter l’exercice? J’observe encore…Certains posent leur crayon, d’autres le reprennent… Puis les écritures se tarissent… Je laisse encore un peu de temps pour ceux qui écrivent encore…J’adresse un sourire à ceux qui ont terminé pour leur indiquer que je  prends en compte leur attente,  j’espère qu’ils verront à mon regard que j’attends les autres…Puis  j’interviens : « je propose à ceux qui sont en train d’écrire de terminer leur phrase…Je vous invite à revenir ici et maintenant dans la salle pour que nous échangions à partir de ce temps de retour sur… »

La suite

L’objectif étant d’exploiter le contenu de ce temps d’évocation je vais alors demander : « qu’avez-vous retrouvé ?  » Cela peut me permettre de vérifier ce qui reste d’une séance précédente, de faciliter l’émergence de questions par rapport à une éventuelle difficulté rencontrée, de raccrocher avec la suite de la formation ou du cours.

 II) Pendant une séance de formation ou une séquence d’enseignement

 

Cela va de la simple relance à l’entretien d’un individu devant les autres.

La simple relance

 Les questions posées au groupe pour le faire participer à la construction d’une connaissance ou pour vérifier que tout ce qui a été présenté précédemment est clair prennent une autre allure. Bien entendu les « pourquoi » sont éliminés et les questions sont ouvertes.

 Parmi les interventions d’un membre du groupe  j’ai repéré les remarques et les demandes de clarification. Les remarques généralistes vont engendrer de ma part une demande d’exemple  (« auriez-vous un exemple pour éclairer ce que vous dites ? » ou  «  j’ai besoin d’un exemple pour mieux comprendre ») ou bien de ce qui fonde la remarque (« sur quoi vous appuyez-vous pour dire… » ou  « comment le savez-vous ? ») . Les demandes de clarification  comme  la dénégation « je n’ai pas compris » sont contournées. Je ne vais plus me précipiter sur une explication nouvelle ni répondre « qu’est-ce que vous n’avez pas compris ?» mais plutôt «  et quand vous n’avez pas compris qu’est-ce que vous avez compris quand même ?».  La personne donne toujours quelques éléments sur lesquels je peux m’appuyer pour lui donner une explication qui lui corresponde.

L’entretien d’un individu devant les autres

Il est possible de mener  un entretien d’un stagiaire ou d’un élève devant un groupe avec certaines précautions. La gestion du groupe vient s’ajouter à celle de l’entretien lui-même. Mes préoccupations sont donc que le groupe ne perturbe pas le questionnement et qu’il tire profit de ce qui va se passer. Pour cela je cherche à donner du sens à ce qui va se passer pour un maximum de participants et je veille à ce que l’entretien ne dure pas trop longtemps.

Le plus souvent cet entretien intervient lors de la prise de parole (spontanée ou que j’ai provoquée) d’un des membres du groupe lorsque je n’ai pas assez d’éléments pour  me représenter ce dont parle la personne. Si j’entends la personne me parler d’un vécu général ma préoccupation sera de lui demander un exemple,  si elle me parle d’un vécu spécifié mais ne décrit que le contexte,  j’orienterai son attention vers son activité propre. Je ne déclencherai le questionnement que si je sais que le sujet est susceptible de concerner l’ensemble du groupe ce qui me laisse supposer que le questionnement ne sera pas perturbé.  C’est le cas lorsque par exemple un stagiaire prend la parole pour verbaliser une difficulté après la réalisation d’un exercice effectué par tout le monde. Je vais durant l’entretien  être attentive à tous et en particulier à leur non verbal avec la préoccupation qu’ils ne s’ennuient pas. Je profite des temps d’évocation où la personne questionnée cherche les informations pour jeter ces coups d’œil aux autres. J’ai remarqué que l’ennui apparaît chez les autres membres du groupe lorsque l’entretien « patine » et que et cela se produit bien souvent lorsqu’il n’y a pas ou plus de réel accord de la part de la personne questionnée ( je le repère au non verbal).  Cela me fait deux raisons d’arrêter le questionnement même si tout n’est pas élucidé. Dans ce cas je propose à la personne d’arrêter en motivant ma décision : « je vous propose d’arrêter là car je sens que mes questions ne sont pas très claires pour vous » ou bien «  je vous propose d’arrêter là car je sens  que certains sont un peu perdus face à notre dialogue ». J’enchaîne alors en donnant la parole au groupe à propos de ce qui vient de se passer et je complète avec mes remarques et ce que je peux pointer grâce aux informations récoltées.

L’entretien débute  par une formulation scrupuleuse du contrat de communication car je sais qu’il n’est pas évident d’être questionné devant d’autres personnes. En général j’arrête le discours de la personne en faisant un geste de la main droite tendue légèrement en avant ( pour adoucir l’interruption) et j’emploie l’une des  formules suivantes :« Je peux vous arrêter là ?  Est-ce que je peux vous poser quelques questions pour mieux comprendre ? Ou bien « Je me permets de vous interrompre car il me manque des informations pour comprendre ce que  vous avez fait… Je peux vous poser quelques questions ? ».J’attends sa réponse…  je guette sa réaction, je scrute le non verbal : son visage, ses yeux. Si en même temps que la personne me répond « oui »  je sens aux petits regards qu’elle lance autour d’elle et aux mouvements de son corps (sa tête qui se tourne légèrement vers les autres, ses jambes qui bougent, son corps qui se recule légèrement),  que cela  n’est peut- être pas tout à fait « OK », je rajoute : « si  je vous le demande c’est que vous pouvez dire  non … ». Mon but est que la personne se sente à l’aise de refuser ce questionnement devant les autres si cela lui pose problème. Si la réponse est « non » je n’insiste pas. Si la réponse est oui je sais, à l’observation de la congruence entre son « oui » et le non verbal,  que je peux continuer mon questionnement.

Je questionne ensuite jusqu’à ce que j’aie assez d’informations pour me représenter ce qui a été fait, pointer ce qui a été réussi par rapport à la consigne donnée et ce qui l’a moins bien été. Je vérifie auprès de la personne qu’elle a la réponse à sa question puis je m’adresse à tout le groupe et donne davantage d’explications sur la notion en jeu. Je scrute le non verbal et lorsque je repère des acquiescements, nous pouvons passer à autre chose.

Avec des enfants ou adolescents la gestion du groupe prend en compte le fait que d’une part la parole des enfants peut être très spontanée et d’autre part le temps d’écoute du groupe est moindre. La durée de l’entretien est me semble-t-il inférieure à ce qu’il peut être avec des adultes.

Il arrive qu’au cours de l’entretien et essentiellement pendant le temps de silence durant lequel le questionné accède à l’évocation, un ou des élèves prennent inopinément la parole. L’essentiel  est qu’ils ne perturbent pas cette phase si importante. Il est possible de demander à celui qui est intervenu de patienter tout en continuant à accompagner l’autre élève en évocation comme par exemple dans l’entretien[1]mené avec Cédric au sein d’un groupe de cinq élèves, au cours duquel Sébastien un autre élève est intervenu :

Prof : Tu en étais où de ton exercice ?

Silence

Cédric : A la première partie

Prof : A la première partie, très bien.

Sébastien : Au numéro combien ?

Prof : Attends…Il y est là. Il y est…Retourne à ton exercice dans ta cuisine…Oui…Il y est, tu vois, il est devant son exercice…oui…

III) Pendant l’animation d’un debriefing d’équipe

 

Je me place dans le cas d’une équipe (Samu, pompiers, aiguilleurs du ciel, conducteurs de centrale …) qui vient de réaliser une intervention  simulée ou réelle. Le debriefing effectué  ici vise l’analyse du fonctionnement de l’équipe pour mettre en évidence les origines d’éventuels dysfonctionnements ou au contraire pérenniser les modes de fonctionnement efficaces. Il s’agit donc de décrire ce qui s’est passé au plus près de la réalité pour mettre en évidence la contribution de chacun à l’activité collective avant d’en  tirer des enseignements. Les techniques d’explicitation vont permettre à l’animateur de mettre son point de vue de côté pour favoriser l’émergence des différents vécus subjectifs et obtenir la description de l’activité de chacun au sein de l’action collective. Ce qui suit est le fruit de l’analyse des notes prises[2] lors d’un exercice réalisé par des stagiaires dans une formation au debriefing animée par Armelle. Merci à Armelle de m’avoir donné son accord pour les utiliser. La retranscription  figure en fin d’article avec l’analyse que j’en ai faite.

Le contexte 

Une équipe de trois personnes (Pierre, Françoise et Marc le chef d’équipe[3]) a réalisé la veille  un travail collectif (la construction d’un OVNI avec du matériel à disposition dans la salle). Un débriefing est conduit par deux personnes Joseph et Annie à propos de ce travail :

Joseph : « Nous nous retrouvons ce matin pour revenir sur votre travail d’hier de construction d’un OVNI qui devait voler. Cet OVNI on l’a amené ici et l’objectif de ce matin est de revenir sur les différentes étapes de  sa fabrication,  de manière à revoir ces actions et  travailler sur un moment de cette activité. Ça peut être  un moment qui s’est bien passé  ou un moment qui s’est moins bien passé. C’est à vous de choisir. »

Les deux animateurs accompagnent alors les membres de l’équipe dans leur choix. Finalement les trois membres se mettent d’accord pour faire porter la réflexion sur ce qui a bien fonctionné dans l’équipe et s’attacher au temps  de réflexion qui a conduit au choix de la forme de l’OVNI. La question à laquelle l’équipe va essayer de répondre est : « Comment avons nous fait pour ne pas bloquer ? ». Suit alors un temps de description durant lequel les deux animateurs vont accompagner les trois membres de l’équipe à l’aide des techniques d’explicitation. Le temps de description sera suivi d’un temps de capitalisation dont l’objectif est de dégager des éléments de réponse à la question de départ.

Ce qui me paraît important pour l’utilisation des techniques d’explicitation dans la phase de description

L’intérêt  est de permettre la description de moments cruciaux du point de vue de chacun des protagonistes. Pour cela à chaque fois la cible doit être nommée de façon à ce que chacun revive le même moment. Le fait  de prendre un temps préalable pour que l’équipe se mettre d’accord sur le thème de travail et  repère chronologiquement le temps de l’action collective à examiner facilite les choses. C’est ainsi que Joseph peut débuter (réplique 1) en proposant de  laisser du temps pour que tous se remettent « dans ce moment-là » de l’exercice effectué la veille. La cible désignée par « ce moment- là » semble claire pour les trois personnes qui viennent de le définir entre eux. Ce qui fait la spécificité de ces conditions d’utilisation des techniques est, me semble-t-il, la reformulation d’informations verbalisées  par l’un pour accompagner l’autre (ou les autres) en évocation du moment. Cela permet de  désigner la cible avec des points de repère comme « quand untel a dit ou fait ceci… ». C’est ce qu’a fait Annie à plusieurs reprises.

 8-A : « Pierre tu as ce moment où vous tenez les bouteilles ? » Pierre semble retrouver ce moment et recadre par rapport à la question de départ : « là on était dans la réalisation »

16-A : « Quand Marc a parlé de portance qu’est-ce que tu faisais toi dans ta tête ? » Annie reformule à l’aide d’une information donnée par un autre protagoniste pour diriger l’attention de Marc vers son activité cognitive du moment. Marc donne alors des informations qui permettent d’élucider sa construction mentale de l’objet puis son but « : « il fallait continuer »

Au cours de l’accompagnement d’une équipe, se pose la question de la gestion des prises de parole. La définition préalable du cadre de travail nécessite de poser l’écoute et le respect de la parole d’autrui. L’animateur vise sans cesse l’objectif de questionner chacun sur chaque moment focalisé donc au moment du changement de questionné le passage du contrat est nécessaire. Pourtant dans l’exemple étudié aucun passage de contrat n’a été effectué ce qui n’a pas porté préjudice au questionnement. En effet on peut supposer que comme les membres de l’équipe ont défini eux-mêmes l’objet de travail, ils étaient d’accord pour apporter leur point de vue mais je me garderai bien de généraliser à partir de cet exemple.

 Le debriefing ci-joint présente la particularité d’être animé par deux personnes ce qui ajoute une difficulté pour le questionnement. Annie et Joseph ont pris un temps pour préparer leur intervention auprès de l’équipe et nous ne savons pas quelles conventions ils ont définies entre eux pour la gestion de leurs prises de parole. La phase de description s’est immédiatement enchaînée après que l’équipe ait déterminé sa question. Les deux protagonistes n’ont donc pas pu se concerter avant le questionnement. C’est ainsi par exemple qu’à l’examen des répliques 19-P et 20-A on peut se demander sur quel critère le questionnement de Pierre a été arrêté. Sur quel critère Annie a-t-elle pris la parole ? Comment a-t-elle décidé de questionner Françoise plutôt que de poursuivre le questionnement de Pierre ? Au moment de la préparation du debriefing les animateurs ont donc à prévoir qui démarre la phase de description puis selon quel(s) critère(s) un questionnement est poursuivi par l’autre animateur. Ils doivent également envisager des choix possibles  de focalisation, déterminer les  niveaux de fragmentation (ce qui peut  déterminer  un critère du passage du questionnement d’un membre de l’équipe à l’autre) ainsi que les  couches de vécu intéressantes à explorer.

Pour conclure 

Ecrire cet article fut pour moi l’occasion de revisiter ma pratique depuis le début. Ce fut un plaisir de redécouvrir que, dès ma formation à l’EdE, alors que mon attention était dirigée avec application vers les entretiens individuels menés, une autre pratique se construisait en parallèle petit à petit, subrepticement : je tricotais l’explicitation avec ma pratique d’animation face à des collectifs.

Je soumets maintenant la réflexion que j’ai menée aux critiques de notre groupe et je souhaite poursuivre en examinant ce qu’il serait pertinent de proposer en stage de base pour favoriser l’utilisation de l’EdE au sein de groupes.


 

 

L’animation du temps de description et de capitalisation

par Annie et Joseph

 

 

Ce à quoi la description a abouti 

Chacun a pu exprimer sa représentation de l’objet à fabriquer dès la prise de connaissance de la consigne. Pierre imagine un OVNI circulaire comme dans les films, Marc a le souci de la portance et Françoise a l’image d’un avion bien définie dans la tête.

La chronologie du vécu que j’ai  reconstituée : L’idée est émise au départ (peut-être par Françoise ?) de construire un avion. Pierre juge que c’est  trop facile. Marc prend deux bouteilles, Pierre une autre et ils commencent à les assembler. A ce moment -là Françoise,qui veut faire un avion avec une bouteille (pour le fuselage) et une paille, demande à Pierre ce qu’il fait. Il  lui répond que c’est la base de l’OVNI. Marc trouve plus pratique d’assembler les bouteilles par le goulot et le suggère. Pierre adhère complètement à ce vers quoi Marc emmène le groupe et commence à  assembler avec une base dans la tête mais pas d’idée pour la suite. Françoise se rallie à l’idée des deux autres, leur fait confiance, guidée par Marc « directif dans le bon sens du terme ». Elle sent qu’ils savent où aller et s’imagine l’objet rond comme un freezbee. Marc parle de portance et a l’idée d’utiliser des feuilles de papier.

Ce que l’équipe a capitalisé afin de répondre à la question de départ : une écoute de chacun, un guidage fluide de la part du chef d’équipe Marc. Des propositions collectives partagées.

La Transcription

Dans la colonne de gauche figurent les notes manuelles,  il n’y a pas eu d’enregistrement audio. Les points de suspension correspondent aux blancs dans la prise de note.

Dans la colonne de droite figure ce que j’ai observé, animée par l’objectif de mettre en évidence ce qui caractérise l’utilisation des techniques par deux animateurs avec une équipe. Je compte sur vous, chers lecteurs du GREX, pour m’éclairer sur ce que je n’ai pas vu.

L’accompagnement par Annie et Joseph

Mes remarques

1-Joseph : On vous propose de laisser du temps pour vous remettre dans ce moment-là de manière à vous rappeler les choses qui vous reviennent.

Les trois personnes se mettent en évocation

2-Annie : Qui souhaite prendre la parole ?

3-Marc : Je veux bien. Donc en fait comment je vais commencer ?….Le but d’un OVNI était…. On avait évoqué un avion en papier, et moi ça ne me convenait pas. On avait recensé les objets. Donc par rapport au matériel à disposition, mon but était de fabriquer une forme qui puisse avoir une portance qui puisse voler…donc je pense que c’est moi qui ai eu l’idée de….feuilles de papier….donc après l’équipe a rapidement adhéré à cette idée

4-J : et quand tu étais à ce moment-là qu’est-ce que tu as fait ? Est-ce que tu te rappelles ?

5-M. :………..J'ai pris deux bouteilles, Pierre une autre. On a préformé. Françoise avait le scotch dans les mains…Au départ on avait pris les bouteilles dans l’autre sens et ensuite j’ai trouvé que c’était plus pratique d’assembler par les goulots avec le scotch dans une autre forme

6-J : Donc à ce moment-là c’est toi qui as eu l’idée d’assembler les bouteilles dans ce sens- là ?

7-M. : Oui  je ne voudrais pas m'approprier  …

 8-A : Pierre ce moment te revient ? Tu as ce moment où vous tenez les bouteilles ?

 

 

 

 

9-P. : Là on était dans la réalisation. Donc là il me semble qu’il fallait partir sur quelque chose. On a très vite zappé sur la facilité. Il y a un moment avant où on avait pensé avion.

 

 

 

 

10-A : Quand tu dis très vite zappé sur la facilité, c'est-à-dire ?

11-P. : ……Un avion c’est un avion…

12-Joseph : Donc toi ….c’est la facilité.

13-P. :  …pour moi un OVNI c’est un OVNI, il existe quelque chose de circulaire… comme dans certains films.

14-A. :-……………

15-P. : J'ai commencé à rassembler les bouteilles (montre la croix à trois branches avec les mains) Je me souviens bien de Françoise qui a dit …."C'est quoi, ce que tu fais ?" … J'ai dit, "c'est la base". Après M. a parlé de la portance de l’OVNI. Il a eu l’idée des feuilles

16-A. : Quand M. a parlé de la portance qu’est-ce que tu faisais, toi, dans ta tête ?

17-P. :…..moi je commençais à les mettre … je n’avais pas forcément une idée

18-J :- donc, tu n'avais pas particulièrement d'idée ?

 

 

 

19-P : La base je l’avais dans la tête, après il fallait continuer

 

20-A : Et toi Françoise quand M. a parlé de portance qu’est-ce que tu faisais à ce moment- là ?

21-F : Moi ce n'est pas de ce moment- là. C’est………………….moi je m’assois à la table, j’avais une image bien définie dans la tête, je voulais faire un avion avec une paille….et je me souviens de voir Pierre  avec ses bouteilles et lui dire qu’est-ce que tu fais avec ce truc 

22-A : Donc quand P.……………..

23-F : Moi je voulais faire avec une bouteille pour le tronc de l’avion, …

24-M : ça s’appelle un fuselage

25-F : Je me souviens bien du moment où, avant qu’on choisisse, moi……..je m’étais focalisée sur un avion, j'avais l'image d'un avion avec une bouteille, j'étais focalisée sur "qui vole", ce qui vole le mieux, c'est l'avion

26-P : J’avais un appareil rond,

27-A : Donc, si on résume, Pierre avait les images d'OVNI des films, Françoise pensais à un avion et Marc c'était la portance ?

28-M : oui, tout à fait

29-A : et ensuite ?

30-P :……………..il me semble entendre (?) Marc dire « vaut mieux mettre dans l’autre sens »

31-F : -A ce moment-là je me fais une raison mon image mentale a changé, l'image de l'avion, je l'oublie, du coup je me suis imaginé un truc rond, comme une soucoupe, un freezbee….je me suis dit c’est eux qui ont eu l’idée, je vais leur faire confiance

32-A :- Quand tu dis…….qu’est-ce qui te permet de le dire ?

33-F : - …………je les sentais……j’avais l’impression qu’ils savaient où ils allaient…….et Marc était assez directif dans le bon sens du terme. (décrit l'activité de leurs mains) Il savait où il voulait aller

34-A :- Toi Pierre avec ta représentation d’OVNI de film quand l’objet a commencé à prendre forme…

35-P. : J’ai adhéré complètement où Marc nous emmenait……on était en train de la réaliser C'était l'image d'un OVNI, le plus gros était fait…..

36-A : Marc je te vois en profonde réflexion devant cet objet

37-M : Non je suis satisfait c’est un très bel objet

38-A : Donc toi tu avais le souci de portance, le fait que tu aies guidé selon Françoise, guidage ferme et souple a permis de….. ?

39-M : Tout à fait

40-A : Est-ce qu'on a tout décrit ?

41-A : Qu’est-ce que vous en pensez, on peut continuer ou tirer un enseignement ?

Commence alors la phase de capitalisation où l’on s’achemine vers des éléments de réponse à la question posée au départ

40-F :L’enseignement que j’ai tiré ….mais (?) le chef dans sa façon de diriger les choses m’a permis de changer l’idée que j’avais……la façon dont il a amené a changé l’idée que j’avais au départ. J’ai adhéré ... S’il avait été plus ferme je me serais plutôt bloquée. Sa façon d'amener, assez fluide, m'a permis de changer sans que je bloque

Annie récapitule et Joseph écrit au tableau. (malheureusement nous n’avons pas noté le contenu)

42-F : Je pense que c’est principalement çà

43-J : Est-ce que j’ai bien résumé ?

44-A : Pierre est ce que tu partages ?

45-P : On était à l’écoute de chacun. Françoise voulait une forme d’avion. J'ai écouté, c'était peut-être une bonne idée…on lui a dit, je lui ai expliqué pourquoi ça n'allait pas. Là, ils étaient à mon écoute. Donc c’est ce fait - là qui……………

46-J : Donc analyse de chaque proposition ?

47-P : Oui ensuite M. on l'a écouté, on a pesé le pour et le contre. Donc ………………..pour et contre ensemble c’est ce qui a permis……..

48-A. : Des propositions collectives partagées

49-P : Il y a eu une idée de chacun Il n'y a eu aucune frustration, avec M. qui était chef d'orchestre, il menait la danse

50-A : Marc, puisque c’est ton équipe quel enseignement tu en tires ?

51-M : Que dire de tout ça ? Même si on n'a pas les mêmes idées à force d’explications et démonstrations on arrive à tous partir sur un même but et  créer l'adhésion. Comme disait Françoise quand on a une idée dans la tête il est difficile de la retirer néanmoins c’est possible sans la contrainte.



1-J.Accompagnement en évocation des 3 personnes en même temps.

 

2-Selon quel critère A prend-t-elle la main ? Elle n’intervient que pour distribuer la parole puisque Joseph poursuit le questionnement. Aucune direction d’attention n’est donnée

 

 

4-J : Oriente l’attention de M. vers son action.

 

 

 

 

 

 

8-A. Changement de questionneur (selon quel critère ?) et de questionné (est-ce l’effet de ce qu’a dit Marc en 7-A ?) Pas de passage de contrat. La cible est précisée grâce à une reformulation de ce qu’a dit le précédent questionné.  La question porte seulement sur l’acte évocatif.

9-P. Pierre semble retrouver le moment (« là ») puisqu’il en fait une analyse en lien avec le thème de travail. Il retourne sur un moment antérieur. P évoque une action « zapper » dont le sujet est « on » qu’il évalue rapide et émet un jugement « facilité ». Autant de choix possibles de fragmentation

 

10-A. que vise le « c’est-à-dire ? ».

 

12-J. Changement de questionneur. Pas de passage de contrat. J. rebondit en écho sur « la facilité » ce qui amène Pierre à donner sa représentation d’un OVNI.

 

 

 

 

16-A. Changement de questionné. Pas de passage de contrat. La cible est précisée grâce à une reformulation de ce qu’a dit le précédent questionné. Question sur l’acte cognitif.

18-J. Changement de questionneur. Pierre reformule en écho ce qui produit une information complémentaire sur l’activité cognitive

 

20.-A. Changement de questionneur et de questionné. Selon quels critères ? Pas de passage de contrat.

21-F.Françoise n’est visiblement pas d’accord pour focaliser sur ce moment. Elle se dirige sur un moment précédent probablement davantage en lien pour elle avec le thème de travail.

 

 

 

 

 

 

27-A. Changement d’animateur. Annie récapitule la représentation de l’OVNI de chacun.

 

29-A Annie oriente sur la chronologie sans objet d’attention particulier. Il semble qu’elle s’adresse à l’équipe vu que P et F vont répondre successivement en visant le même moment.

 

 

32-A cherche ce qui a fait basculer F.

33-F.A quoi, et où  F sent-elle ? Comment sait-elle que Marc est assez directif ?

 

34-A. Changement de questionné. Pas de passage de contrat.

35-P. Qu’est-ce qui fait adhérer Pierre ?

 

 

 

38-A. Annie récapitule et semble en déduire une réponse à la question de l’équipe.

 

 

Fin de la phase de description et de l’utilisation de l’EdE

 

 

 

 

 

 



[1] Cédric et le petit soupçon,  Pratique de l’entretien d’explicitation en situation scolaire, M. Bonnet, J. Crozier, G. Germain, G. Fourmond, P. Vermersch, IREM de Lyon

[2] Par Armelle et moi

[3] Les prénoms ont été changés 

Comment le focusing influence ma pratique de formatrice

publié le 27 juil. 2011 à 04:54 par Joëlle Crozier   [ mis à jour : 27 juil. 2011 à 07:01 ]

Expliciter N° 84 mars 2010 - télécharger l'article( page19)

Je me suis sensibilisée au Focusing  durant les   trois premières journées proposées par Bernadette 
LAMBOY en 2009 autant dire que je ne me considère pas comme formée à cette technique. Il n’empêche que je me surprends de plus en plus à inciter les stagiaires que je forme à prendre des informations données par leur corps. L’anecdote qui suit en est un exemple récemment vécu.   
Le contexte  
Nous sommes au cinquième jour d’une formation de base aux techniques de l’explicitation (formation sur 3 jours+2jours) et j’anime un feed back après un exercice vécu en sous groupes. Une stagiaire intervient pour dire : « ce que je retiens c’est que je ne vais pas me lancer à utiliser la technique si je ne le sens pas ».  
Je détecte de l’inquiétude chez cette personne et je n’ai pas envie de la laisser avec cela d’autant que j’ai observé qu’elle se débrouille bien avec la technique. 
Je lui demande alors si cela lui est déjà arrivé de sentir qu’elle pouvait se lancer (je sais qu’elle l’a fait, elle l’a évoqué la veille lors du tour de table) 
Elle me répond que oui et décrit le contexte avec l’un de ses stagiaires. 
Je lui demande si elle serait d’accord de s’arrêter sur le moment où elle a senti qu’elle pouvait questionner cette personne. 
Elle répond que oui, s’arrête sur ce moment… 
-Ce que tu sens là tu le sens dans un endroit particulier de ton corps ? 
-Oui… Elle montre le plexus et fait un geste d’ouverture avec ses deux mains 
-Tu peux le décrire ou bien le garder pour toi… 
Elle ne dit rien mais est toujours en évocation 
-Prends le temps de repérer là pour toi comment c’est quand tu sens que tu peux te lancer… 
Et là son visage s’éclaire, elle prend une respiration, hoche la tête me regarde : 
-D’accord là je sais, je peux… 
Je renchéris en lui disant qu’elle peut faire confiance à cela à l’avenir, elle a un bon critère là dans ce 
qu’elle a trouvé pour savoir quand se lancer à questionner. 
   

Autour d’une question hors contrat

publié le 27 juil. 2011 à 04:48 par Joëlle Crozier   [ mis à jour : 27 juil. 2011 à 07:09 ]

Expliciter N° 84 mars 2010 -télécharger l'article( page16)

Un des premiers entretiens que j’ai menés (sans grand succès il faut l’avouer…) il y a déjà un certain nombre d’années…faisait ressortir un problème de contrat non renouvelé. J’ai beaucoup appris le jour où j’ai pris conscience de l’importance de cet outil. Cela me rend probablement très vigilante à ce propos lors des formations que j’anime et Pierre a apporté de l’eau à mon moulin lorsqu’il a formalisé la notion de contrat d’attelage. Depuis que je suis amenée à analyser avec les stagiaires des questionnements qu’ils ont menés je ne cesse d’être étonnée par le nombre d’entretiens qui n’aboutissent pas à cause justement d’un problème de contrat. J’en ai également fait l’expérience récemment et j’ai eu envie de partager mon vécu afin d’illustrer, du point de vue du questionné, un problème auquel je suis sensible. La description des effets d’une fameuse question, que j’avais détectée comme hors contrat, a 
mis en évidence des co-identités à l’œuvre. Cela m’a amenée à faire des parallèles avec des situations de formation. 

La situation 
Ce jour là je participe à un groupe d’entraînement aux techniques de l’EdE. Nous avons décidé d’expérimenter la consigne suivante : B questionne A sur une situation anodine, A signale à B les questions qui le dérangent, les questions qui le font entrer, les questions qui le font sortir de l’évocation. Je suis A.
Avant de débuter l’exercice nous nous remémorons la consigne citée précédemment. Je signale à B que je souhaite qu’il m’accompagne pour retrouver dans le détail un geste de « potière » que j’ai bien réussi. Je n’en dis pas plus, B semble d’accord. Mon intention est d’arriver à décrire précisément ce geste (position des mains, mouvements des doigts…)  Pour moi le contrat est posé, je suis d’accord pour retrouver cette situation avec l’objectif que j’ai annoncé. 
L’entretien débute. A l’invitation de B je retrouve la situation, je décris le contexte, puis en réponse aux questions posées par B je décris plusieurs phases de ce geste. C’est alors que je sens que j’ai besoin de m’arrêter sur une phase, je sens qu’il y a des informations à aller chercher, que c’est là le secret du geste réussi, j’aurais tendance à m’y emmener toute seule, je vois des images flash  je ne suis pas encore tout à fait stabilisée, il y a une partie de moi qui « freine », empêche la visée à vide, veut expérimenter et permettre à B de s’exercer …C’est à ce moment là que B me pose la question suivante : « Qu’est-ce qui est important pour toi dans le fait de réussir ce geste ? » Je suis surprise, le mot « important » me heurte, même si l’expression « réussir ce geste » m’est plus douce. Je suis coupée dans mon élan, les images flash disparaissent, je tourne mon regard à gauche, je regarde B : je suis sortie de l’évocation et je le dis à B en ajoutant que je « ne suis pas sûre de vouloir répondre à sa question ». B me questionne sur les raisons de mon refus et c’est alors que je lui verbalise que « cela n’était pas dans le contrat de départ ». 

Retour sur le moment où j’entends le mot « important » 
C’est à l’instant où j’entends le mot « important » que je ressens de manière la plus vive l’effet de la question de B : Le A que j’appellerai « moi »  ressent comme un mouvement de recul, veille à rester « moi » et c’est elle qui refuse de répondre à la  question, ne veut même pas aller voir, n’est pas d’accord pour traiter un sujet qu’elle sent trop intime pour être abordé dans ce cadre là. Le A qui « freine » et en même temps « veut expérimenter » sait ce qui l’intéresse de décrire et c’est elle qui est surprise par la question qui lui paraît « à côté de la plaque ». Son attention est toute entière dirigée vers le mouvement fin de ses doigts. Le sujet abordé par B ne l’intéresse pas. Le A « garant »de la technique d’explicitation au sein du groupe, est derrière moi un peu en hauteur, guette. Elle sait où « celle qui a tendance à se guider toute seule » veut aller et elle attend la question dans cette direction. C’est la petite voix qui me dit : « problème de contrat ». Et puis il y a le A « qui hésite » à dire à B qu’elle ne veut pas répondre à sa question. C’est celle qui pèse le pour et le contre, qui respecte B, ne veut pas être la formatrice qui évalue. Mais  le A « garant » me tanne, il faut trouver un moyen de  lui dire qu’il y a problème de contrat! C’est finalement le A « qui respecte la consigne de dire les effets » qui vient au  secours de celle qui ne veut pas blesser B. Le A « qui hésite » décide de lui dire que sa question l’a fait sortir de l’évocation. En lui disant qu’elle n’est pas d’accord elle espère  lui faire comprendre qu’il y a problème de contrat. En voulant ménager B elle  rajoute qu’elle « n’est pas sûre » de vouloir répondre à sa question histoire de temporiser. B insiste. Le A « moi » se sent poussée dans ses retranchements, le A « garant » évalue que B n’a pas entendu le problème du A « moi » et lance que « cela 
n’est pas dans le contrat » 

Vers quoi l’attention est-elle dirigée ? 
Le mot « important » provoque une réaction très vive. En dehors du fait que j’étais surprise que l’on attire mon attention vers un autre objet que celui que je m’étais fixé, j’ai bien noté que je n’étais pas d’accord pour répondre à cette question. Vers quoi n’étais-je pas d’accord d’aller ? Pour le savoir je me suis remise au même moment dans la situation V1 et me suis demandé : « qu’est-ce qui est important pour toi dans le fait de réussir ce geste ? ». J’ai trouvé mes motivations, des buts reliés à ma vie privée ce qui explique qu’au moment où B m’a posé la question je sente le sujet trop intime pour être abordé dans ce cadre là.  
Comment le tandem A-B en est-il arrivé là ? 
J’ai répertorié la conjugaison des différents événements suivants:  

1- Le contrat de départ mal défini et non renouvelé 
Nous nous sommes bien mis d’accord au départ au niveau des consignes de l’exercice que nous nous sommes répétées mais l’objectif du questionnement n’a pas fait l’objet d’une négociation. Alors que je souhaitais décrire le geste dans sa dimension procédurale et n’avais pas imaginé aller au-delà, manifestement B avait l’intention de balayer plus large au niveau des informations satellites et souhaitait questionner les valeurs. Nous n’avons pas pris le temps au départ de préciser nos intentions respectives (je n’ai que vaguement formulé les miennes) et B n’a pas renouvelé le contrat au moment où il a posé sa question. Enfin j’ai ressenti très intensément ce problème de contrat lorsque je me suis sentie « coupée dans mon élan » et je pense que la violence éprouvée d’être « tirée » dans une direction différente de celle que je m’étais donnée a été d’autant plus forte que j’avais tendance à me guider toute seule vers cet objectif. 

2- Le passage du procédural à une autre couche de vécu 
Au moment où B pose sa question il me fait « sauter une marche » : il me demande de quitter le procédural pour diriger mon attention vers une couche de vécu nettement plus impliquante. La demande d’accord était donc nécessaire à ce stade du questionnement. Une question comme «  Est-ce que tu serais d’accord pour te tourner vers ce qui est important pour toi dans le fait de faire ce geste ? » aurait été d’une part moins brutale au niveau du changement de direction suggéré ( te tourner vers) et d’autre 
part bien entendu aurait laissé la place à un refus. 

De la description des co-identités au parallèle avec des situations de formation 

1- Prenons les 3 co-identités suivantes : Le A qui n’est pas d’accord. Le A qui hésite, pèse le pour et le contre, respecte B. Le A qui respecte la consigne décidée par le groupe et vient au secours du A qui hésite. 

Ce qui a permis au A de dire à B qu’elle n’est pas d’accord c’est, malgré les hésitations, le fait qu’il ait été décidé auparavant de dire les questions qui font sortir de l’évocation. (le A qui respecte la consigne vient au secours du A qui hésite). Peut-on dire qu’avoir l’intention, avant de commencer l’exercice, de signaler à B ses questions qui font sortir de l’évocation provoque davantage ? Cela serait-il comme une autorisation donnée d’en dire plus à B sur les effets de ses questions ? S’il n’y avait pas eu cette 
consigne ne me serais-je pas contentée de sortir de l’évocation en roulant des yeux étonnés ?  
C’est pourquoi depuis quelque temps je complète la consigne donnée aux stagiaires avant les exercices en sous groupes : j’invite les A à ne pas hésiter à interrompre l’entretien si une question les dérange, à être attentifs aux effets des questions en particulier à celles qui les font sortir de l’évocation. C’est de plus ce dont ils rendront compte au moment de l’échange interne au sous groupe. L’objectif est de favoriser la conscience chez A et B des sorties d’évocation, d’autoriser A à intervenir au moment où il est questionné et de permettre de réguler l’entretien. 

2- Prenons les deux autres co-identités : Le A qui expérimente, dirige l’attention, freine. Le A « garant » qui guette, analyse, veut faire comprendre 
Durant les formations, les stagiaires pointent souvent la difficulté engendrée par le fait que lorsqu’ils sont A ils sont plus qu’un interviewé lambda. Ils connaissent la technique et sont conscients pour certains à la fois de se guider seuls et de se placer en position méta analysant les questions que leur pose 
B. L’expérience que j’ai vécue traduit une situation similaire avec un A qui remplit la fonction supplémentaire de freiner. Qu’est-ce qui fait qu’à ce moment là je freine ?  

Retour sur le moment où je ressens la volonté d’en savoir plus… : me revient alors l’expérience de St Eble où j’avais tendance à  me guider toute seule … je sais qu’avant l’entretien je me suis lancée l’intention de « ne pas m’absorber dans le contenu » pour pouvoir dire les effets de ses questions à B. 

Le fait de me lancer cette intention m’aurait donc permis de freiner. Comment peut-on introduire cela en stage pour permettre au A de freiner et laisser B expérimenter ses questions comme avec un questionné non initié? Est-il possible de lancer de manière efficace une telle intention éveillante et à quel moment ? 

Conclusion

C’est après avoir quitté ce groupe d’entraînement, dans le train, que l’envie de partager cette expérience est née. Ce que j’avais vécu m’avait fortement interpellée et je voyais là l’occasion de le coucher sur le papier  tout en faisant un petit exercice d’auto explicitation.  
Merci à Armelle de m’avoir questionnée pour m’aider à tirer parti des informations recueillies. Cette analyse est très probablement incomplète, je compte sur vous, lecteurs de GREX, pour m’aider à pointer tout ce que je n’ai pas vu.

Mon expérience du stage d’auto explicitation

publié le 27 juil. 2011 à 04:33 par Joëlle Crozier   [ mis à jour : 27 juil. 2011 à 07:21 ]

Expliciter n° 74 mars 2008 - télécharger l'article (page 34)

J’ai eu la chance de participer au stage d’auto explicitation qui a eu lieu en décembre dernier et je voudrais témoigner de ce que fut pour moi cet apprentissage. J’ai choisi de relater ici mon vécu de deux premiers jours où les difficultés mais aussi les découvertes furent importantes. J’avais fait des tentatives d’auto explicitation auparavant, stylo en main ou bien devant l’ordinateur, mais cela n’avait pas donné grand-chose. Je « bloquais vite ». J’avais l’impression d’être submergée d’informations, que le flux d’écriture ne pouvait suivre, avec la peur de ne pas écrire assez vite pour saisir toutes ces informations. A ce moment là tout s’arrêtait, je n’avais plus accès à aucune information et je me décourageais. Et puis je me disais que de toute façon faire deux choses en même temps (évoquer et écrire) c’était bien trop difficile pour moi, moi qui regarde toujours mes doigts lorsque j’écris au clavier ! C’est ce qui ressortit au début du premier exercice que nous proposa Pierre Vermersch (une autoexplicitation d’un moment du trajet du matin) où dès le départ, écrire (sur le clavier d’ordinateur) en même temps qu’évoquer me gêna vraiment. Et puis je découvris que je me parlais à moi-même ce dont je n’avais pas vraiment conscience auparavant. Je vais, durant ce premier exercice, attendre un certain temps avant de décider d’écrire mes agacements (J1 et J2) et les relances que je me fais .Je vais tester une relance en « je »(R4) puis les autres relances seront en « tu » et du type « entretien d’explicitation ». Petit à petit je vais ainsi faire des progrès. 


Voici mon premier texte :

 En italique le vécu évoqué. R : les relances que je me suis faites. J : mes autres discours intérieurs 


Ce matin j’arrive face à l’étalage du marché, je vois l’orange des fruits, la pancarte avec « 1,30 ». Je vois l’étalage avec les vêtements noirs, l’étiquette 10 euros. Je sens le poids de mon cartable, je suis touchée par les couleurs. Je retrouve ce qui s’était passé la dernière fois lorsque j’avais cherché mon chemin. Je retrouve le mouvement de mon corps sur la droite. J e sens…Je vois le mouvement d’une personne sur ma droite qui met des fruits dans un sac. Je retrouve l’envie de traverser ce marché. Je 
vois le portant avec les vêtements, l’envie de regarder plus, il y a quelqu’un qui déplace les cintres…

J1-Ça m’énerve, écrire m’empêche d’évoquer ! 
R1-Bon tu veux bien y retourner ? Tu es vraiment d’accord ? 
Je suis là le corps tourné vers la droite, le poids de mon cartable, la personne qui remplit son sac… 
J2-Ah s’il n’y avait pas les mots ce serait mieux ! 
R2-On y retourne? Allez ! 
Le corps tourné à droite, la personne qui remplit son sac, le portant, le pull noir…ce n’est pas un 
pull…
 
R3-ça ne fait rien 
Les autres vêtements qui bougent légèrement sur le portant…la personne qui se tient devant…et moi là… 
R4-Qu’est-ce qui se passe pour moi à ce moment là ? 
J’ai envie de m’arrêter, de regarder, je vois le marché qui se prolonge…Je n’ai pas les mots pour 
décrire l’image…
 
R 5- ça ne fait rien, reste là, qu’est-ce qui revient encore ? Peut-être que quand tu vois tout ça et que tu as envie de traverser le marché tu entends quelque chose ou peut-être pas ? Tu sens quelque chose ? Ou peut-être pas ? 
Mon col roulé, la sensation de mon manteau, la frustration de ne pas m’arrêter… 
R6-Et si tu restes avec ça ? Qu’est-ce qui te vient ? … 
R7-On reprend tu veux ? Tu es vraiment d’accord ?
Le portant sur ma droite, la frustration… non ce n’est pas de la frustration, c’est juste une petite envie… 
R8-Si tu restes avec ça quoi d’autre encore ? 
C’est juste un « ça serait sympa de m’arrêter » 
R9- Et qu’est-ce qui fait que tu ne t’es pas arrêtée ? 
J’avais mieux à faire
R10-Si tu restes avec ce « mieux à faire »… 
C’est une sensation au plexus… 
R11-Cette sensation là tu es d’accord pour aller vérifier ? 
Y a comme un v qui me vient qui part du plexus… une branche vers la gauche, une vers la droite… la gauche qui me tire vers la gauche… sensation agréable… 


Une autre prise de conscience (et pas des moindres !) fut, après ce premier exercice, lorsque Pierre Vermersch me fit découvrir qu’auto expliciter ce n’était rien d’autre que m’aider moi-même à expliciter (et oui une évidence !) autrement dit utiliser mes compétences de questionneur EDE avec moi-même. Il suffisait donc de me rappeler que le flux de l’évocation peut toujours être ralenti, que les 
informations ne sont pas perdues, que l’on peut toujours revenir en évocation là où l’on a arrêté bref ce que j’essaie de faire passer auprès des stagiaires que je forme à l’EDE. Mais enfin comment n’y avais-je pas pensé plus tôt ! Je n’avais donc alors qu’à procéder avec moi-même comme je fais lorsque je questionne quelqu’un : être bienveillante, me laisser le temps, dédramatiser lorsque rien ne vient, passer le contrat de communication, négocier le contrat d’attelage, me rappeler que rien n’est perdu, qu’il suffit, en cas d’abondance d’informations, d’arrêter le flux de l’évocation pour reprendre ensuite. Et puis je pouvais arrêter l’évocation pour me relire, repérer les informations manquantes pour rediriger l’entretien. 
Je commençai donc à mettre en pratique ces principes lorsque je me fixai comme objectif d’explorer d’autres couches du vécu du moment évoqué précédemment. Cela fut très difficile : difficultés à rester sur un moment et blocages (J3, J4, J6). J’ai donc essayé plusieurs types de relances pour débloquer la situation : dédramatiser(R13), m’arrêter(R16), me suggérer de prendre le temps (R12 ; R16 ; R24), passer le contrat (R16 ; R17), négocier le contrat d’attelage(R18) : 

J’arrive devant le marché, les couleurs, je suis là avec mon cartable… Le poids du cartable… La tête tournée à droite…Je vois ce que je vois… Je sens cette personne qui met des fruits dans un sac, je vois le portant, j’ai envie de regarder… 
R12-Attends, reste là avec cette sensation… Tu y es là ? Prends ton temps, retrouve tout ce que tu as décrit… Reste là… Juste avant ? 
J3-Je bloque 
R13-Ce n’est pas grave, qu’est-ce qui vient ? 
Le cartable, le manteau, les vêtements qui bougent sur le portant… 
R14-Qui tu es à ce moment là ? 
Je suis Joëlle qui va au stage 
R15-Et qu’est-ce qui est important pour toi à ce moment là ? 
C’est que je vais apprendre quelque chose de nouveau 
R16-Tu veux bien t’arrêter là sur ce moment là ? Prends le temps de vérifier 
Je suis là avec cette sensation au plexus… 
J4-J’ai du mal 
R17-Ok ce n’est pas grave, tu es toujours d’accord pour continuer, ça t’intéresse ? 
J5-Bof 
R18-Qu’est-ce qui pourrait être intéressant pour toi de savoir alors dans cette situation ? 
Qu’est-ce qui me tire si fort vers la gauche ? 
R19-Bon ben on reprend. Tu es là avec tout ce que tu vois, cette sensation, ces 2 flèches, tu décides de partir à gauche, juste au moment où tu décides çà, peut-être tu t’es dit quelque chose peut-être pas… 
Tiens ça serait sympa de m’arrêter… 
R20-Attends tu es sûre d’être au bon moment ? Prends le temps de retrouver ce moment 
J6-Je suis perdue !  
A ce moment là je décide de relire mon texte, puis de me relancer. Mais la question tombe à plat, je dédramatise(R22) et je me fais une relance en « je »(R23) qui aboutit enfin : 

R21-On retourne si tu veux bien au moment où tu t’es dit « tiens ça serait sympa de m’arrêter »… 
Qu’est ce qui s’est passé juste après ? 
J7-Non je crois que je vais trop vite 
R22-Ce n’est pas grave. On y retourne ? 
R23-Moment où je me suis dit ça, qu’est ce que je retrouve ? 
Un petit bruit dans les oreilles... 
R24-Oui un petit bruit dans les oreilles, prends le temps de l’écouter… 
Ce n’est pas un petit bruit, c’est comme un souffle 
R25-Et à ce moment là, quoi d’autre ? 
Je tourne la tête 
R26-Tu peux ralentir le mouvement ? Qu’est-ce qui se passe ? 
Je vois la vitrine du café.

 
A ce stade du stage il s’est ensuite agi d’auto expliciter un moment de l’auto explicitation précédente. 
J’étais très intéressée. Peut-être allais-je savoir un peu mieux comment je m’y étais prise pour auto expliciter, cela allait pouvoir m’aider. C’était sans compter avec les découvertes qui allaient suivre et parasiter l’évocation. En effet : « Mes mains m’échappent, vais-je y arriver ? Ce n’est pas possible. Je ferme les yeux, je laisse mes mains faire, je les abandonne, je leur fais confiance, je me tourne vers mon intérieur. J’ouvre un œil pour vérifier. Il y a plein de fautes de frappe mais on peut comprendre quand même, je laisse de côté on verra plus tard. Je n’en reviens pas. »
Première prise de conscience : l’écriture au clavier de l’ordinateur n’était donc plus un problème, j’écrivais sans regarder le clavier! Deuxième prise de conscience : je fermais les yeux, alors que lorsque que quelqu’un m’accompagne en évocation j’ai les yeux ouverts. Bien sûr à chacune de ces prises de conscience je sortais de l’évocation et je « bloquais ». Il m’a fallu beaucoup de bienveillance  envers moi-même pour passer ces caps empreints d’émotion et retourner en évocation. 

Voici le texte écrit à ce moment du stage : 
En italique le vécu (d’apprentie auto explicitatrice) évoqué. R’ : les relances que je me suis faites. J’ : mes autres discours intérieurs. 

J’1-Je suis perturbée par le fait que je ferme les yeux 
R’1-Ok… mets de côté 
Je retrouve une respiration 
R’2-Et après ? Peut-être que tu fais quelque chose, que tu te dis quelque chose… 
Je me rassure, je me calme, c’est comme si je me disais « tu sais faire »…Une impression de flou 
R’3-Ok prends le temps… C’est quoi ? Qu’est-ce qui te revient ? 
Le bruit du clavier. Le noir du clavier 
R’4-Oui. Et quoi encore ? 
Je me recule 
R’5-Et quand tu te recules tu fais attention à quoi ? 
Au texte qui est devant moi 
R’6-Tu es devant le clavier, tu te recules, tu fais attention au texte sur l’écran, à quoi tu fais attention ? 
Y a du vert 
R’7-Et pendant que tu fais attention au texte, qu’est-ce qui se passe pour toi ? Tu peux retrouver ce 
moment ? Qu’est-ce qui te vient ? 
Je sais que je me recule ; il se passe quelque chose pour moi au niveau du plexus 
R’8-Arrête toi là… 
Je me dis quelque chose… 
R’9-Si tu restes là … 
Je sais faire… Y a une émotion qui me vient 


Un peu plus tard je m’arrête pour relire mon texte et prendre du recul. Je suis exactement en train de faire le même geste (me reculer) que celui que je suis en train d’évoquer et cela me panique, je ne sais plus quoi faire ! Je n’arrive plus à repartir en évocation ! Je décide d’appeler Pierre à mon secours et je lui décris ce qui se passe. «Ecris- le » me dit-il. Et moi de lui répondre : 
-Ecris quoi ? 
-Ce que tu viens de me dire. 
-Ah bon ! 
Ecrivons : 


J’2-J’ai l’impression que je suis en train de décrire ce que je suis en train de faire et ça me bloque 


Et là, miracle l’évocation repart ! Il se confirme que le fait de tout écrire même la description des moments de blocage peut m’aider. Je me relance : 


R’10-Oui mais tout à l’heure, tu t’es reculée…et alors qu’est-ce que tu as fait ? 
J’ai pris de la distance 
R’11-C’est comment quand tu as pris de la distance ? 
J’ai le texte qui devient tout petit 
R’12-Et alors à quoi tu fais attention ? 
Je ne fais plus attention à moi mais je lis le texte et je trie les infos 
R’13-Ce qui serait bien c’est que tu saches comment tu t’es adressée à toi…Donc juste au moment où tu t’es reculée, tu y es là ? Tu peux te placer au moment où tu commences à reculer ? Juste avant ?

 
Je bloque encore et j’écris : « Ça va trop vite ». Je m’arrête puis je m’installe à nouveau en évocation avec une relance en « je »(R’14) qui ne marche pas ; contourner ma dénégation en « tu »(R’15) sera 
nécessaire :

 
R’14-Je suis au moment où je suis avec cette sensation là, quand j’ai commencé à reculer 
Je ne sais pas 
R’15-Qu’est-ce que tu sais ? 
Que l’écran devient petit, je peux respirer juste avant 
R’16-Au moment où juste tu peux commencer à respirer ? 
L’écran est tout petit 
R’17-Juste avant… qu’est ce qui te vient de ce moment ? 
Que c’était flou 
R’18-Et quand c’était flou à quoi tu faisais attention ? 
A mon ressenti 
R’19-Et alors peut-être que tu t’es dit quelque chose, peut-être pas… 
J’ai coupé et je me suis reculée 

Conclusion 
Je disais en arrivant au stage être incapable d’évoquer et écrire en même temps. Je crois pouvoir dire que grâce au stage je peux maintenant le faire, je ne m’en suis pas privée pour nourrir cet article. Alors que je redoutais d’écrire en évoquant, c’est l’écriture qui m’a aidée. En dehors du fait que la trace écrite est la mémoire de l’évocation à laquelle je peux toujours me référer pour rediriger l’auto 
explicitation, j’ai mesuré la puissance de tout écrire : les difficultés pour les dépasser, les discours intérieurs pour ne pas me laisser parasiter par ceux-ci, les relances pour diriger la recherche d’information. 
Enfin j’ai cultivé la bienveillance envers moi-même, comme une énergie qui circule et en même temps j’entends ma voix une petite voix calme apaisante à l’écoute de mes sensations .La petite voix qui part du cœur qui dit « ok ce n’est pas grave », c’est comme si elle souriait, elle est centrée sur moi, elle attend, elle n’est pas pressée, elle m’écoute

 

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