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Utiliser les techniques d'Explicitation au sein d'un groupe.Expliciter 99 Juin 2013

publié le 31 mai 2013 à 00:30 par Joëlle Crozier   [ mis à jour : 2 avr. 2014 à 05:24 ]

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Depuis que j’anime des formations aux techniques d’explicitation je constate que l’utilisation de celles-ci avec des groupes ne va pas de soi pour la majorité des stagiaires. Je suis en effet régulièrement amenée à répondre à la question «  Comment peut-on utiliser ces techniques en groupe ? » Je  témoigne alors de comment et dans quelles situations je les utilise ou comment d’autres ont décrit comment ils les utilisent. J’ai donc, pour rédiger cet article,  repris, ordonné et développé ce que je suis amenée à présenter au cours de mes formations. Cette  réflexion a été initiée lors de la formation au debriefing animée par Armelle Balas Chanel durant laquelle j’étais assistante. L’idée d’écrire s’est confirmée lors d’une séance de GPLe (Groupe de Pairs Lyonnais à l’explicitation) à la suite d’une question d’Elisabeth David  et poursuivie grâce à deux entretiens où j’étais A, l’un conduit par Elisabeth, l’autre par Marie Bec. Merci à Nicole Genevois d’avoir pris des notes.

En fonction des circonstances, des objectifs, des effets recherchés ce sont tout ou partie des techniques qui peuvent être utilisées. Voici donc dans ce qui suit  différentes situations où j’ai pu repérer que l’explicitation trouve sa place. Je me suis attachée à mettre à jour ce qui est spécifique de  l’utilisation de la technique dans ces conditions-là.

I) En  début de séance de formation ou séquence d’enseignement

Cela peut se pratiquer dans  tout type de formation avec tout type de public y compris les enfants et les adolescents. Il s’agit d’utiliser principalement une consigne d’accompagnement en évocation pour obtenir les effets suivants : une entrée dans la séance, une mise en route plus rapide, plus concentrée. L’objectif est également d’exploiter le contenu de ce qui va être retrouvé par chacun et d’établir un lien plus facile avec ce qui va être abordé ensuite.

 Voici la consigne que j’utilise en général avec des adultes :

« On va prendre le temps de se mettre en route… » : j’annonce  le premier objectif

« Je vous invite à laisser vos notes de côté…juste prendre de quoi écrire si vous avez envie… » :je prépare des conditions propices  à l’évocation ( laisser les notes de côté va favoriser le « laisser venir »),  j’annonce que l’on va peut-être écrire pour sécuriser les personnes qui ont besoin de l’écriture.

« Je vous propose de prendre le temps de revisiter mentalement notre dernier cours ou la journée de stage d’hier  ou… » : passage de contrat et accompagnement en évocation. La consigne « revisiter mentalement » est compréhensible par le plus grand nombre. Elle vise un acte connu de la plupart des gens.

 « et de noter soit dans votre tête soit sur la feuille devant vous ce qui vous revient » : il s’agit d’avoir accès à ce qui s’est passé la dernière fois. J’ai observé que le fait de demander de noter canalise l’attention, donne un statut de vrai travail à ce qui se passe. Je vise ainsi  l’adhésion de tout le monde.

« Je vous laisse tranquillement faire ce petit travail … » : je préviens ainsi que je ne vais pas intervenir,  que j’attends un travail individuel. Le mot « tranquillement » vise à créer des conditions favorables à l’évocation

« et dans  quelques minutes je vous ferai un petit signe » : j’annonce ainsi que c’est moi qui donnerai le signal de fin et que cela ne va pas durer très longtemps pour éviter l’ennui, le découragement.

« …on échangera à propos de ce qui vous est revenu » : j’annonce que les informations notées vont  être utilisées. Je vise la motivation et je  mets les personnes en projet de choisir les informations qu’elless accepteront de partager avec le groupe.

La consigne que j’adapte  à un jeune public est légèrement plus directive:

« Je vous demande de laisser vos cahiers ou classeurs fermés…juste prendre de quoi écrire si vous en avez envie… Vous allez prendre le temps de revisiter mentalement notre dernier cours … et   noter soit dans votre tête soit sur la feuille devant vous ce qui vous revient …Je vous laisse tranquillement faire ce petit travail …  et dans  quelques minutes je vous ferai un petit signe …on travaillera à partir de ce qui vous est revenu.

Pendant l’exercice

En général j’observe l’assemblée : des mouvements divers au départ, puis petit à petit tout se calme, des regards décrochent, des crayons sont saisis, certains pour écrire quelques mots, d’autres pour une écriture plus longue…Quatre ou cinq minutes se passent … Tout le monde me semble entré dans l’exercice …Vais-je arrêter l’exercice? J’observe encore…Certains posent leur crayon, d’autres le reprennent… Puis les écritures se tarissent… Je laisse encore un peu de temps pour ceux qui écrivent encore…J’adresse un sourire à ceux qui ont terminé pour leur indiquer que je  prends en compte leur attente,  j’espère qu’ils verront à mon regard que j’attends les autres…Puis  j’interviens : « je propose à ceux qui sont en train d’écrire de terminer leur phrase…Je vous invite à revenir ici et maintenant dans la salle pour que nous échangions à partir de ce temps de retour sur… »

La suite

L’objectif étant d’exploiter le contenu de ce temps d’évocation je vais alors demander : « qu’avez-vous retrouvé ?  » Cela peut me permettre de vérifier ce qui reste d’une séance précédente, de faciliter l’émergence de questions par rapport à une éventuelle difficulté rencontrée, de raccrocher avec la suite de la formation ou du cours.

 II) Pendant une séance de formation ou une séquence d’enseignement

 

Cela va de la simple relance à l’entretien d’un individu devant les autres.

La simple relance

 Les questions posées au groupe pour le faire participer à la construction d’une connaissance ou pour vérifier que tout ce qui a été présenté précédemment est clair prennent une autre allure. Bien entendu les « pourquoi » sont éliminés et les questions sont ouvertes.

 Parmi les interventions d’un membre du groupe  j’ai repéré les remarques et les demandes de clarification. Les remarques généralistes vont engendrer de ma part une demande d’exemple  (« auriez-vous un exemple pour éclairer ce que vous dites ? » ou  «  j’ai besoin d’un exemple pour mieux comprendre ») ou bien de ce qui fonde la remarque (« sur quoi vous appuyez-vous pour dire… » ou  « comment le savez-vous ? ») . Les demandes de clarification  comme  la dénégation « je n’ai pas compris » sont contournées. Je ne vais plus me précipiter sur une explication nouvelle ni répondre « qu’est-ce que vous n’avez pas compris ?» mais plutôt «  et quand vous n’avez pas compris qu’est-ce que vous avez compris quand même ?».  La personne donne toujours quelques éléments sur lesquels je peux m’appuyer pour lui donner une explication qui lui corresponde.

L’entretien d’un individu devant les autres

Il est possible de mener  un entretien d’un stagiaire ou d’un élève devant un groupe avec certaines précautions. La gestion du groupe vient s’ajouter à celle de l’entretien lui-même. Mes préoccupations sont donc que le groupe ne perturbe pas le questionnement et qu’il tire profit de ce qui va se passer. Pour cela je cherche à donner du sens à ce qui va se passer pour un maximum de participants et je veille à ce que l’entretien ne dure pas trop longtemps.

Le plus souvent cet entretien intervient lors de la prise de parole (spontanée ou que j’ai provoquée) d’un des membres du groupe lorsque je n’ai pas assez d’éléments pour  me représenter ce dont parle la personne. Si j’entends la personne me parler d’un vécu général ma préoccupation sera de lui demander un exemple,  si elle me parle d’un vécu spécifié mais ne décrit que le contexte,  j’orienterai son attention vers son activité propre. Je ne déclencherai le questionnement que si je sais que le sujet est susceptible de concerner l’ensemble du groupe ce qui me laisse supposer que le questionnement ne sera pas perturbé.  C’est le cas lorsque par exemple un stagiaire prend la parole pour verbaliser une difficulté après la réalisation d’un exercice effectué par tout le monde. Je vais durant l’entretien  être attentive à tous et en particulier à leur non verbal avec la préoccupation qu’ils ne s’ennuient pas. Je profite des temps d’évocation où la personne questionnée cherche les informations pour jeter ces coups d’œil aux autres. J’ai remarqué que l’ennui apparaît chez les autres membres du groupe lorsque l’entretien « patine » et que et cela se produit bien souvent lorsqu’il n’y a pas ou plus de réel accord de la part de la personne questionnée ( je le repère au non verbal).  Cela me fait deux raisons d’arrêter le questionnement même si tout n’est pas élucidé. Dans ce cas je propose à la personne d’arrêter en motivant ma décision : « je vous propose d’arrêter là car je sens que mes questions ne sont pas très claires pour vous » ou bien «  je vous propose d’arrêter là car je sens  que certains sont un peu perdus face à notre dialogue ». J’enchaîne alors en donnant la parole au groupe à propos de ce qui vient de se passer et je complète avec mes remarques et ce que je peux pointer grâce aux informations récoltées.

L’entretien débute  par une formulation scrupuleuse du contrat de communication car je sais qu’il n’est pas évident d’être questionné devant d’autres personnes. En général j’arrête le discours de la personne en faisant un geste de la main droite tendue légèrement en avant ( pour adoucir l’interruption) et j’emploie l’une des  formules suivantes :« Je peux vous arrêter là ?  Est-ce que je peux vous poser quelques questions pour mieux comprendre ? Ou bien « Je me permets de vous interrompre car il me manque des informations pour comprendre ce que  vous avez fait… Je peux vous poser quelques questions ? ».J’attends sa réponse…  je guette sa réaction, je scrute le non verbal : son visage, ses yeux. Si en même temps que la personne me répond « oui »  je sens aux petits regards qu’elle lance autour d’elle et aux mouvements de son corps (sa tête qui se tourne légèrement vers les autres, ses jambes qui bougent, son corps qui se recule légèrement),  que cela  n’est peut- être pas tout à fait « OK », je rajoute : « si  je vous le demande c’est que vous pouvez dire  non … ». Mon but est que la personne se sente à l’aise de refuser ce questionnement devant les autres si cela lui pose problème. Si la réponse est « non » je n’insiste pas. Si la réponse est oui je sais, à l’observation de la congruence entre son « oui » et le non verbal,  que je peux continuer mon questionnement.

Je questionne ensuite jusqu’à ce que j’aie assez d’informations pour me représenter ce qui a été fait, pointer ce qui a été réussi par rapport à la consigne donnée et ce qui l’a moins bien été. Je vérifie auprès de la personne qu’elle a la réponse à sa question puis je m’adresse à tout le groupe et donne davantage d’explications sur la notion en jeu. Je scrute le non verbal et lorsque je repère des acquiescements, nous pouvons passer à autre chose.

Avec des enfants ou adolescents la gestion du groupe prend en compte le fait que d’une part la parole des enfants peut être très spontanée et d’autre part le temps d’écoute du groupe est moindre. La durée de l’entretien est me semble-t-il inférieure à ce qu’il peut être avec des adultes.

Il arrive qu’au cours de l’entretien et essentiellement pendant le temps de silence durant lequel le questionné accède à l’évocation, un ou des élèves prennent inopinément la parole. L’essentiel  est qu’ils ne perturbent pas cette phase si importante. Il est possible de demander à celui qui est intervenu de patienter tout en continuant à accompagner l’autre élève en évocation comme par exemple dans l’entretien[1]mené avec Cédric au sein d’un groupe de cinq élèves, au cours duquel Sébastien un autre élève est intervenu :

Prof : Tu en étais où de ton exercice ?

Silence

Cédric : A la première partie

Prof : A la première partie, très bien.

Sébastien : Au numéro combien ?

Prof : Attends…Il y est là. Il y est…Retourne à ton exercice dans ta cuisine…Oui…Il y est, tu vois, il est devant son exercice…oui…

III) Pendant l’animation d’un debriefing d’équipe

 

Je me place dans le cas d’une équipe (Samu, pompiers, aiguilleurs du ciel, conducteurs de centrale …) qui vient de réaliser une intervention  simulée ou réelle. Le debriefing effectué  ici vise l’analyse du fonctionnement de l’équipe pour mettre en évidence les origines d’éventuels dysfonctionnements ou au contraire pérenniser les modes de fonctionnement efficaces. Il s’agit donc de décrire ce qui s’est passé au plus près de la réalité pour mettre en évidence la contribution de chacun à l’activité collective avant d’en  tirer des enseignements. Les techniques d’explicitation vont permettre à l’animateur de mettre son point de vue de côté pour favoriser l’émergence des différents vécus subjectifs et obtenir la description de l’activité de chacun au sein de l’action collective. Ce qui suit est le fruit de l’analyse des notes prises[2] lors d’un exercice réalisé par des stagiaires dans une formation au debriefing animée par Armelle. Merci à Armelle de m’avoir donné son accord pour les utiliser. La retranscription  figure en fin d’article avec l’analyse que j’en ai faite.

Le contexte 

Une équipe de trois personnes (Pierre, Françoise et Marc le chef d’équipe[3]) a réalisé la veille  un travail collectif (la construction d’un OVNI avec du matériel à disposition dans la salle). Un débriefing est conduit par deux personnes Joseph et Annie à propos de ce travail :

Joseph : « Nous nous retrouvons ce matin pour revenir sur votre travail d’hier de construction d’un OVNI qui devait voler. Cet OVNI on l’a amené ici et l’objectif de ce matin est de revenir sur les différentes étapes de  sa fabrication,  de manière à revoir ces actions et  travailler sur un moment de cette activité. Ça peut être  un moment qui s’est bien passé  ou un moment qui s’est moins bien passé. C’est à vous de choisir. »

Les deux animateurs accompagnent alors les membres de l’équipe dans leur choix. Finalement les trois membres se mettent d’accord pour faire porter la réflexion sur ce qui a bien fonctionné dans l’équipe et s’attacher au temps  de réflexion qui a conduit au choix de la forme de l’OVNI. La question à laquelle l’équipe va essayer de répondre est : « Comment avons nous fait pour ne pas bloquer ? ». Suit alors un temps de description durant lequel les deux animateurs vont accompagner les trois membres de l’équipe à l’aide des techniques d’explicitation. Le temps de description sera suivi d’un temps de capitalisation dont l’objectif est de dégager des éléments de réponse à la question de départ.

Ce qui me paraît important pour l’utilisation des techniques d’explicitation dans la phase de description

L’intérêt  est de permettre la description de moments cruciaux du point de vue de chacun des protagonistes. Pour cela à chaque fois la cible doit être nommée de façon à ce que chacun revive le même moment. Le fait  de prendre un temps préalable pour que l’équipe se mettre d’accord sur le thème de travail et  repère chronologiquement le temps de l’action collective à examiner facilite les choses. C’est ainsi que Joseph peut débuter (réplique 1) en proposant de  laisser du temps pour que tous se remettent « dans ce moment-là » de l’exercice effectué la veille. La cible désignée par « ce moment- là » semble claire pour les trois personnes qui viennent de le définir entre eux. Ce qui fait la spécificité de ces conditions d’utilisation des techniques est, me semble-t-il, la reformulation d’informations verbalisées  par l’un pour accompagner l’autre (ou les autres) en évocation du moment. Cela permet de  désigner la cible avec des points de repère comme « quand untel a dit ou fait ceci… ». C’est ce qu’a fait Annie à plusieurs reprises.

 8-A : « Pierre tu as ce moment où vous tenez les bouteilles ? » Pierre semble retrouver ce moment et recadre par rapport à la question de départ : « là on était dans la réalisation »

16-A : « Quand Marc a parlé de portance qu’est-ce que tu faisais toi dans ta tête ? » Annie reformule à l’aide d’une information donnée par un autre protagoniste pour diriger l’attention de Marc vers son activité cognitive du moment. Marc donne alors des informations qui permettent d’élucider sa construction mentale de l’objet puis son but « : « il fallait continuer »

Au cours de l’accompagnement d’une équipe, se pose la question de la gestion des prises de parole. La définition préalable du cadre de travail nécessite de poser l’écoute et le respect de la parole d’autrui. L’animateur vise sans cesse l’objectif de questionner chacun sur chaque moment focalisé donc au moment du changement de questionné le passage du contrat est nécessaire. Pourtant dans l’exemple étudié aucun passage de contrat n’a été effectué ce qui n’a pas porté préjudice au questionnement. En effet on peut supposer que comme les membres de l’équipe ont défini eux-mêmes l’objet de travail, ils étaient d’accord pour apporter leur point de vue mais je me garderai bien de généraliser à partir de cet exemple.

 Le debriefing ci-joint présente la particularité d’être animé par deux personnes ce qui ajoute une difficulté pour le questionnement. Annie et Joseph ont pris un temps pour préparer leur intervention auprès de l’équipe et nous ne savons pas quelles conventions ils ont définies entre eux pour la gestion de leurs prises de parole. La phase de description s’est immédiatement enchaînée après que l’équipe ait déterminé sa question. Les deux protagonistes n’ont donc pas pu se concerter avant le questionnement. C’est ainsi par exemple qu’à l’examen des répliques 19-P et 20-A on peut se demander sur quel critère le questionnement de Pierre a été arrêté. Sur quel critère Annie a-t-elle pris la parole ? Comment a-t-elle décidé de questionner Françoise plutôt que de poursuivre le questionnement de Pierre ? Au moment de la préparation du debriefing les animateurs ont donc à prévoir qui démarre la phase de description puis selon quel(s) critère(s) un questionnement est poursuivi par l’autre animateur. Ils doivent également envisager des choix possibles  de focalisation, déterminer les  niveaux de fragmentation (ce qui peut  déterminer  un critère du passage du questionnement d’un membre de l’équipe à l’autre) ainsi que les  couches de vécu intéressantes à explorer.

Pour conclure 

Ecrire cet article fut pour moi l’occasion de revisiter ma pratique depuis le début. Ce fut un plaisir de redécouvrir que, dès ma formation à l’EdE, alors que mon attention était dirigée avec application vers les entretiens individuels menés, une autre pratique se construisait en parallèle petit à petit, subrepticement : je tricotais l’explicitation avec ma pratique d’animation face à des collectifs.

Je soumets maintenant la réflexion que j’ai menée aux critiques de notre groupe et je souhaite poursuivre en examinant ce qu’il serait pertinent de proposer en stage de base pour favoriser l’utilisation de l’EdE au sein de groupes.


 

 

L’animation du temps de description et de capitalisation

par Annie et Joseph

 

 

Ce à quoi la description a abouti 

Chacun a pu exprimer sa représentation de l’objet à fabriquer dès la prise de connaissance de la consigne. Pierre imagine un OVNI circulaire comme dans les films, Marc a le souci de la portance et Françoise a l’image d’un avion bien définie dans la tête.

La chronologie du vécu que j’ai  reconstituée : L’idée est émise au départ (peut-être par Françoise ?) de construire un avion. Pierre juge que c’est  trop facile. Marc prend deux bouteilles, Pierre une autre et ils commencent à les assembler. A ce moment -là Françoise,qui veut faire un avion avec une bouteille (pour le fuselage) et une paille, demande à Pierre ce qu’il fait. Il  lui répond que c’est la base de l’OVNI. Marc trouve plus pratique d’assembler les bouteilles par le goulot et le suggère. Pierre adhère complètement à ce vers quoi Marc emmène le groupe et commence à  assembler avec une base dans la tête mais pas d’idée pour la suite. Françoise se rallie à l’idée des deux autres, leur fait confiance, guidée par Marc « directif dans le bon sens du terme ». Elle sent qu’ils savent où aller et s’imagine l’objet rond comme un freezbee. Marc parle de portance et a l’idée d’utiliser des feuilles de papier.

Ce que l’équipe a capitalisé afin de répondre à la question de départ : une écoute de chacun, un guidage fluide de la part du chef d’équipe Marc. Des propositions collectives partagées.

La Transcription

Dans la colonne de gauche figurent les notes manuelles,  il n’y a pas eu d’enregistrement audio. Les points de suspension correspondent aux blancs dans la prise de note.

Dans la colonne de droite figure ce que j’ai observé, animée par l’objectif de mettre en évidence ce qui caractérise l’utilisation des techniques par deux animateurs avec une équipe. Je compte sur vous, chers lecteurs du GREX, pour m’éclairer sur ce que je n’ai pas vu.

L’accompagnement par Annie et Joseph

Mes remarques

1-Joseph : On vous propose de laisser du temps pour vous remettre dans ce moment-là de manière à vous rappeler les choses qui vous reviennent.

Les trois personnes se mettent en évocation

2-Annie : Qui souhaite prendre la parole ?

3-Marc : Je veux bien. Donc en fait comment je vais commencer ?….Le but d’un OVNI était…. On avait évoqué un avion en papier, et moi ça ne me convenait pas. On avait recensé les objets. Donc par rapport au matériel à disposition, mon but était de fabriquer une forme qui puisse avoir une portance qui puisse voler…donc je pense que c’est moi qui ai eu l’idée de….feuilles de papier….donc après l’équipe a rapidement adhéré à cette idée

4-J : et quand tu étais à ce moment-là qu’est-ce que tu as fait ? Est-ce que tu te rappelles ?

5-M. :………..J'ai pris deux bouteilles, Pierre une autre. On a préformé. Françoise avait le scotch dans les mains…Au départ on avait pris les bouteilles dans l’autre sens et ensuite j’ai trouvé que c’était plus pratique d’assembler par les goulots avec le scotch dans une autre forme

6-J : Donc à ce moment-là c’est toi qui as eu l’idée d’assembler les bouteilles dans ce sens- là ?

7-M. : Oui  je ne voudrais pas m'approprier  …

 8-A : Pierre ce moment te revient ? Tu as ce moment où vous tenez les bouteilles ?

 

 

 

 

9-P. : Là on était dans la réalisation. Donc là il me semble qu’il fallait partir sur quelque chose. On a très vite zappé sur la facilité. Il y a un moment avant où on avait pensé avion.

 

 

 

 

10-A : Quand tu dis très vite zappé sur la facilité, c'est-à-dire ?

11-P. : ……Un avion c’est un avion…

12-Joseph : Donc toi ….c’est la facilité.

13-P. :  …pour moi un OVNI c’est un OVNI, il existe quelque chose de circulaire… comme dans certains films.

14-A. :-……………

15-P. : J'ai commencé à rassembler les bouteilles (montre la croix à trois branches avec les mains) Je me souviens bien de Françoise qui a dit …."C'est quoi, ce que tu fais ?" … J'ai dit, "c'est la base". Après M. a parlé de la portance de l’OVNI. Il a eu l’idée des feuilles

16-A. : Quand M. a parlé de la portance qu’est-ce que tu faisais, toi, dans ta tête ?

17-P. :…..moi je commençais à les mettre … je n’avais pas forcément une idée

18-J :- donc, tu n'avais pas particulièrement d'idée ?

 

 

 

19-P : La base je l’avais dans la tête, après il fallait continuer

 

20-A : Et toi Françoise quand M. a parlé de portance qu’est-ce que tu faisais à ce moment- là ?

21-F : Moi ce n'est pas de ce moment- là. C’est………………….moi je m’assois à la table, j’avais une image bien définie dans la tête, je voulais faire un avion avec une paille….et je me souviens de voir Pierre  avec ses bouteilles et lui dire qu’est-ce que tu fais avec ce truc 

22-A : Donc quand P.……………..

23-F : Moi je voulais faire avec une bouteille pour le tronc de l’avion, …

24-M : ça s’appelle un fuselage

25-F : Je me souviens bien du moment où, avant qu’on choisisse, moi……..je m’étais focalisée sur un avion, j'avais l'image d'un avion avec une bouteille, j'étais focalisée sur "qui vole", ce qui vole le mieux, c'est l'avion

26-P : J’avais un appareil rond,

27-A : Donc, si on résume, Pierre avait les images d'OVNI des films, Françoise pensais à un avion et Marc c'était la portance ?

28-M : oui, tout à fait

29-A : et ensuite ?

30-P :……………..il me semble entendre (?) Marc dire « vaut mieux mettre dans l’autre sens »

31-F : -A ce moment-là je me fais une raison mon image mentale a changé, l'image de l'avion, je l'oublie, du coup je me suis imaginé un truc rond, comme une soucoupe, un freezbee….je me suis dit c’est eux qui ont eu l’idée, je vais leur faire confiance

32-A :- Quand tu dis…….qu’est-ce qui te permet de le dire ?

33-F : - …………je les sentais……j’avais l’impression qu’ils savaient où ils allaient…….et Marc était assez directif dans le bon sens du terme. (décrit l'activité de leurs mains) Il savait où il voulait aller

34-A :- Toi Pierre avec ta représentation d’OVNI de film quand l’objet a commencé à prendre forme…

35-P. : J’ai adhéré complètement où Marc nous emmenait……on était en train de la réaliser C'était l'image d'un OVNI, le plus gros était fait…..

36-A : Marc je te vois en profonde réflexion devant cet objet

37-M : Non je suis satisfait c’est un très bel objet

38-A : Donc toi tu avais le souci de portance, le fait que tu aies guidé selon Françoise, guidage ferme et souple a permis de….. ?

39-M : Tout à fait

40-A : Est-ce qu'on a tout décrit ?

41-A : Qu’est-ce que vous en pensez, on peut continuer ou tirer un enseignement ?

Commence alors la phase de capitalisation où l’on s’achemine vers des éléments de réponse à la question posée au départ

40-F :L’enseignement que j’ai tiré ….mais (?) le chef dans sa façon de diriger les choses m’a permis de changer l’idée que j’avais……la façon dont il a amené a changé l’idée que j’avais au départ. J’ai adhéré ... S’il avait été plus ferme je me serais plutôt bloquée. Sa façon d'amener, assez fluide, m'a permis de changer sans que je bloque

Annie récapitule et Joseph écrit au tableau. (malheureusement nous n’avons pas noté le contenu)

42-F : Je pense que c’est principalement çà

43-J : Est-ce que j’ai bien résumé ?

44-A : Pierre est ce que tu partages ?

45-P : On était à l’écoute de chacun. Françoise voulait une forme d’avion. J'ai écouté, c'était peut-être une bonne idée…on lui a dit, je lui ai expliqué pourquoi ça n'allait pas. Là, ils étaient à mon écoute. Donc c’est ce fait - là qui……………

46-J : Donc analyse de chaque proposition ?

47-P : Oui ensuite M. on l'a écouté, on a pesé le pour et le contre. Donc ………………..pour et contre ensemble c’est ce qui a permis……..

48-A. : Des propositions collectives partagées

49-P : Il y a eu une idée de chacun Il n'y a eu aucune frustration, avec M. qui était chef d'orchestre, il menait la danse

50-A : Marc, puisque c’est ton équipe quel enseignement tu en tires ?

51-M : Que dire de tout ça ? Même si on n'a pas les mêmes idées à force d’explications et démonstrations on arrive à tous partir sur un même but et  créer l'adhésion. Comme disait Françoise quand on a une idée dans la tête il est difficile de la retirer néanmoins c’est possible sans la contrainte.



1-J.Accompagnement en évocation des 3 personnes en même temps.

 

2-Selon quel critère A prend-t-elle la main ? Elle n’intervient que pour distribuer la parole puisque Joseph poursuit le questionnement. Aucune direction d’attention n’est donnée

 

 

4-J : Oriente l’attention de M. vers son action.

 

 

 

 

 

 

8-A. Changement de questionneur (selon quel critère ?) et de questionné (est-ce l’effet de ce qu’a dit Marc en 7-A ?) Pas de passage de contrat. La cible est précisée grâce à une reformulation de ce qu’a dit le précédent questionné.  La question porte seulement sur l’acte évocatif.

9-P. Pierre semble retrouver le moment (« là ») puisqu’il en fait une analyse en lien avec le thème de travail. Il retourne sur un moment antérieur. P évoque une action « zapper » dont le sujet est « on » qu’il évalue rapide et émet un jugement « facilité ». Autant de choix possibles de fragmentation

 

10-A. que vise le « c’est-à-dire ? ».

 

12-J. Changement de questionneur. Pas de passage de contrat. J. rebondit en écho sur « la facilité » ce qui amène Pierre à donner sa représentation d’un OVNI.

 

 

 

 

16-A. Changement de questionné. Pas de passage de contrat. La cible est précisée grâce à une reformulation de ce qu’a dit le précédent questionné. Question sur l’acte cognitif.

18-J. Changement de questionneur. Pierre reformule en écho ce qui produit une information complémentaire sur l’activité cognitive

 

20.-A. Changement de questionneur et de questionné. Selon quels critères ? Pas de passage de contrat.

21-F.Françoise n’est visiblement pas d’accord pour focaliser sur ce moment. Elle se dirige sur un moment précédent probablement davantage en lien pour elle avec le thème de travail.

 

 

 

 

 

 

27-A. Changement d’animateur. Annie récapitule la représentation de l’OVNI de chacun.

 

29-A Annie oriente sur la chronologie sans objet d’attention particulier. Il semble qu’elle s’adresse à l’équipe vu que P et F vont répondre successivement en visant le même moment.

 

 

32-A cherche ce qui a fait basculer F.

33-F.A quoi, et où  F sent-elle ? Comment sait-elle que Marc est assez directif ?

 

34-A. Changement de questionné. Pas de passage de contrat.

35-P. Qu’est-ce qui fait adhérer Pierre ?

 

 

 

38-A. Annie récapitule et semble en déduire une réponse à la question de l’équipe.

 

 

Fin de la phase de description et de l’utilisation de l’EdE

 

 

 

 

 

 



[1] Cédric et le petit soupçon,  Pratique de l’entretien d’explicitation en situation scolaire, M. Bonnet, J. Crozier, G. Germain, G. Fourmond, P. Vermersch, IREM de Lyon

[2] Par Armelle et moi

[3] Les prénoms ont été changés 

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